La mécanique olfactive

La mécanique olfactive

Se livrer

Il est un plaisir de vous livrer un texte volontairement travaillé et vulgarisé par mon amie Dre Jane Plailly, chercheuse CNRS en Sciences Cognitives, du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (Inserm U1028 – CNRS UMR5292 – UCBL).

Laissez-moi vous conter la mécanique olfactive…

Tout débute par une odeur. Cette odeur est le plus souvent un mélange de plusieurs molécules chimiques, issues du métabolisme d’un être vivant (animal, plante, bactérie…) et parfois de l’industrie chimique. Pour être perçues, il faut que ces molécules soient suffisamment volatiles pour être portées par l’air. Ainsi, notre odeur peut être vue comme une petite partie de nous qui vole.

Ensuite vient le souffle. C’est lors d’une inspiration, lors de cet acte moteur vital, que l’air chargé de cette odeur pénètre notre cavité nasale. Si les conditions sont réunies, ce qui n’est pas systématiquement le cas, cette odeur va atteindre une petite surface située tout en profondeur de nos cavités nasales, juste sous nos yeux : la muqueuse olfactive. Cette muqueuse est constituée d’un ensemble de cellules, dont les neurones qui détectent les molécules odorantes, appelés neurones olfactifs. Ces neurones présentent comme des minuscules bras, appelés des cils, porteurs de récepteurs.

C’est maintenant aux récepteurs olfactifs de prendre le relai. Les récepteurs d’un même neurone ont une forme particulière qui leur permet de se lier à un type de molécule odorante spécifique. Comme une clé dans une serrure. Nous avons environ 400 types de récepteurs fonctionnels dans notre nez et c’est la combinaison des signaux émis lors de la liaison des molécules chimiques avec les récepteurs qui code l’identité de l’odeur, comme un QR code. Une information émerge de ces liens : le message chimique (l’odeur, à l’extérieur de notre corps) est transformé en signal électrique (message nerveux, à l’intérieur de notre corps).

Le travail du cerveau commence alors. Ces neurones, qui ont leur bras à l’extérieur de notre corps, dans cette muqueuse, ont un long corps qui traverse le crâne en passant par un os creusé de trous permettant leur passage, comme une passoire, la lame criblée de l’ethmoïde. Ce neurone va rejoindre les autres neurones olfactifs dans la première structure cérébrale dédiée aux odeurs : le bulbe olfactif. C’est une structure toute petite, de la taille d’un gros grain de riz, située juste au-dessus de notre nez, entre nos yeux. C’est dans cette structure que le QR code est lu et décodé.

Ensuite, il se passe quelque chose d’unique à l’olfaction et qui la rend si différente des autres sens : L’information olfactive va directement être analysée par des régions essentielles pour les émotions et la mémoire. En effet, le signal atteint un ensemble de structures, dites « régions olfactives primaires », qui vont continuer à interpréter le signal. Ces structures font toutes partie du système limbique, cette région du cerveau responsable des comportements de base, apparue très tôt dans l’évolution des vertébrés :

Le cortex piriforme analyse l’intensité de l’odeur et sa qualité (ça sent fort la terre mouillée)

L’amygdale cérébrale analyse sa dimension émotionnelle (ça sent bon !)

Le cortex entorhinal transmet l’information à l’hippocampe, spécialisé dans la mémoire, qui le lie avec les éléments qui sont perçus en même temps que l’odeur pour faire resurgir un souvenir, ou créer un nouveau souvenir(ça me rappelle les flaques, au square, enfant…)

De plus, et c’est encore là une autre particularité de ce sens magnifique, le message olfactif ne transite pas par le thalamus, contrairement à tous les autres sens, évitant ainsi une étape de filtration, de sélection, de pré-analyse de l’information. L’information olfactive arrive donc non seulement rapidement mais aussi sans filtre aux régions émotionnelles et mnésiques.

Ensuite, l’information est transmise à d’autres régions cérébrales, comme le cortex orbito-frontal et l’insula, permettant d’associer l’odeur à d’autres informations déjà intégrées, d’en créer une image, ou « percept » unique à chacun·e, et d’engendrer une réponse appropriée (cette odeur de terre mouillée m’apaise et me motive à sortir, ce sera l’occasion de prendre soin de moi).

Notre odorat, chez nous les humains, a des capacités toutes aussi grandes que pour les autres espèces animales, mais parfois orientées vers d’autres fonctions. Si nous n’utilisons que peu notre odorat pour repérer des proies, il est une source de beauté au quotidien, par son lien intime avec notre mémoire et nos émotions, ces fonctions si importantes qui nous permettent de nous sentir des individus uniques, sensibles, en lien avec le vivant.

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